Pollution des Mers: boire la tasse de plastique

Article écrit pour le magazine n°9 de Socialter 

L’Océan et les mers sont de plus en plus pollués par les rejets de notre consommation quotidienne. Outre le septième continent, les chercheurs viennent de constater que des micro-organismes se fixent lors de la décomposition du plastique pouvant entraîner une plus forte pollution.

Amarré au port de Lorient face à la cité de la voile, un voilier de fière allure se refait une beauté. Voilà trois semaines que Tara est revenu à son point de départ après sept mois d’un voyage scientifique, non pas dans l’océan Arctique comme cela a été le cas auparavant, mais dans le pourtour Méditerranéen. Son expédition avait deux objectifs précis: comprendre les enjeux environnementaux de cette mer et analyser l’impact des déchets micro-plastiques en Méditerranée. Après 15 000 kilomètres de navigation, l’expédition Tara, grâce à l’utilisation de filets particuliers, a récolté plus de 2300 échantillons qui sont analysés depuis décembre 2014. Si les résultats ne seront connus du grand public qu’à partir du printemps prochain, les premiers constats semblent accablants pour la grande bleue; de quoi soulever à nouveau le débat des continents de plastiques.  

Il y a deux ans, les médias prenaient conscience de cette tragédie en faisant valoir l’existence de ce que l’on appelle le septième continent découvert, par hasard en 1997, dans l’océan Pacifique nord par le navigateur Charles Cook. Il s’agit d’une grande plaque de déchets ou plutôt “ une soupe plastique“ qui dérive dans la mer. Sa taille est de six fois la France, ce qui laisse songeur d’autant qu’après vérification les océanographes ont répertorié quatre nouvelles plaques en Méditerranée, dans l’Atlantique nord, le Pacific sud et l’océan Indien. Il existe donc au total 5 grandes zones de déchets qui évoluent dans les océans.

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10% du plastique produit finit dans l’océan, soit l’équivalent de 30kg par personne à l’échelle du globe. ©DR

Ces étendues de matières plastiques sont le résultat d’un long processus. Contrairement aux idées reçues, 80% des déchets répertoriés en mer ne viennent pas des cargos et autres navires de commerce qui sillonnent les océans ; ils proviennent des continents où ils sont portés par le vent, les rivières et nos égouts. Une fois arrivés dans l’océan, les déchets sont aimantés vers les zones de convergence des courants (principe de la force centripète). De là, ils s’agglutinent et forment avec le temps ces grandes masses de déchets flottants, ou ils s’étalent dans les fonds marins.  

Pendant des siècles, les déchets organiques qui aboutissaient dans l’eau étaient détruits par la mer. Cependant, la diffusion du plastique dans nos sociétés contemporaines a changé la donne et l’élimination nécessite plus de temps. À titre d’exemple, un simple sac plastique met 450 ans avant de se biodégrader. Pendant ce laps de temps, les bactéries ont le temps de coloniser les déchets et de former ce que l’on appelle: platisphère.

Les déchets qui pullulent dans les océans et la mer Méditerranée se décomposent peu à peu et des petites parties de plastique sont emportées par les eaux ; elles sont invisibles à l’œil nu. C’est ici, dans ces petites particules que s’installent des bactéries quasiment inconnues des scientifiques. Océanographes et géochimistes ont compté, grâce à un microscope, plus de 1000 bactéries et d’algues qui vivent sur du plastique à la dérive dans les océans. La présence de ces germes soulève trois principales craintes. Tout d’abord, la décomposition du plastique par les micro-organismes pourrait entraîner une pollution environnementale très importante caractérisée par la diffusion de produits chimiques nocifs dans l’océan. Ensuite, ces bactéries suivent le processus de la chaîne alimentaire et servent de nourriture à des prédateurs plus grands qui, eux-mêmes, sont à leur tour des proies pour d’autres animaux marins ou pas. À la fin de la chaîne, on peut retrouver des oiseaux, des tortues, des poissons, des mollusques ou des crustacés dont certains finiront dans notre assiette. Enfin, les micro-plastiques peuvent être un vecteur de bactéries pathogènes (c’est-à-dire qui attaquent l’organisme) ou de virus comme le choléra. 

Si les conséquences à moyen et long terme de la plastiphère sont, pour le moment, mal connues et ne reposent que sur de sinistres hypothèses, la présence des continents de plastiques menace déjà le tourisme et la vie marine (massif corallien) comme l’a averti l’ONU, lors de sa dernière assemblée sur l’environnement, à Nairobi en juin dernier. Les cas de pollution marine liés à la présence de plastiques se multiplient et il suffit parfois de regarder les informations pour y être confronté. Depuis plusieurs années déjà, les ONG et les fondations expliquent que les tortues de mer confondent les sacs plastiques avec les méduses, la base de leur alimentation. Chaque année, plus d’un million d’oiseaux marins sont tués par le plastique. Dernier exemple, il y a quelques mois, un cachalot s’est échoué sur les côtes néerlandaises; après autopsie, on a trouvé dans son estomac plus de 20kg de plastique.

© chris-jordan

En moyenne, chaque seconde 206kg de déchets plastiques sont déversés dans les océans et les mers de la planète. On retrouve les traces du plastique jusque dans l’estomac des animaux © chris jordan

Face à l’urgence de la situation, les idées pour remédier à la pollution en mer commencent à fleurir. Un projet s’est détaché des autres. Un hollandais de 19 ans, Boyan Slat, s’est donné pour mission de nettoyer la mer. Pour cela, l’ingénieux étudiant a créé sa propre machine composée de tuyaux et de bouées auxquels il a attaché des panneaux, sous l’eau, qui vont attraper les déchets. Les détritus récoltés seront ensuite vendus pour être recyclés.

Boyan Slat a constitué sa machine en tenant compte de l’environnement. Ainsi, cette dernière fonctionne grâce au courant marin, elle ne pollue pas ; quant aux panneaux placés sous l’eau, ils sont assez petits pour ne pas capturer des poissons ou autres faunes marines. Boyan Slat s’est donné dix ans pour épurer de moitié l’océan Pacifique. Pour arriver à ce résultat, il va devoir réussir à construire plusieurs machines. Au travers de sa fondation, The Ocean Clean Up (du nom de la machine), l’étudiant hollandais a réalisé plusieurs demandes de fonds pour promouvoir et combattre la pollution plastique de l’océan ; il souhaite atteindre 2 millions de dollars. Une somme colossale qui pourrait se justifier selon les propres mots du jeune inventeur : « C’est l’une des plus grandes opérations de protection environnementale, mais c’est nous qui avons créé ce désastre ».

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2 responses to “Pollution des Mers: boire la tasse de plastique

  1. Pingback: 11 February, 2015 13:28 | raimanet·

  2. Et après on s’étonne de l’appartion de nouvelles maladies. C’est ce que l’on appelle: l’effet boomerang.
    Sans tomber dans l’écologie primaire, une seule chose est à mettre en pratique: le civisme et le bon sens… Malheureusement, je crois que ces termes sont désuets…
    Avec une population qui s’accroît indéniablement, si personne ne met un peu de volonté, on court à la catastrophe…

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