HISTORIQUE, Les Etats-Unis et Cuba se réconcilient

Somos Todos Americanos (nous sommes tous des Américains). C’est par cette phrase qui claque dans l’air comme un slogan et qui restera, à n’en pas douter, dans les livres d’Histoire que le président Américain, Barack Obama, a annoncé dans un discours simultané avec son homologue cubain, Raul Castro, le retour des relations diplomatiques entre les deux pays. Ce jeudi 17 décembre 2014, le dernier mur de la guerre froide s’est effondré.

L’île  Cuba et les Etats-Unis ont décidé de rétablir leurs relations diplomatiques coupées depuis 1961. Dans un discours simultané, les deux pays ont insisté sur leur volonté de fixer « des mesures mutuelles pour aller vers la normalisation ».

« Nous sommes séparés par quelques kilomètres, mais une barrière psychologique nous éloignait. Etant donné que nous avons des relations avec la Chine, un pays communiste, et avec le Vietnam, j’ai souhaité revoir nos relations avec Cuba » Barack Obama

Cette décision était dans l’air du temps. Pour certains observateurs, l’intention s’est amorcée lors des funérailles de Nelson Mandela et de la poignée de main entre le président Barack Obama et Raul Castro. Plus récemment, en octobre dernier, dans son éditorial, le New York Times poussait Washington à un rapprochement avec Cuba et la fin de la politique de l’embargo débutée le 7 février 1962 de la volonté du président John. F. Kennedy à la suite de l’échec américain dans la baie des cochons (1961).

Le symbole de la poignée de main entre Barack Obama et Raul Castro, lors des funérailles de Nelson Mandela, marque le réchauffement des relations entre Cuba et les Etats-Unis. ©DR

Le symbole de la poignée de main entre Barack Obama et Raul Castro, lors des funérailles de Nelson Mandela, marque le réchauffement des relations entre Cuba et les Etats-Unis.

Cette ouverture diplomatique est une seconde étape aux changements et aux réformes que le Raul Castro a élaborés dans son île depuis presque deux ans. Du point de vue nord américain, cette prise de décision est un aveu d’échec de la politique de l’embargo comme l’a déclaré le président Obama :

« Les sanctions ont eu relativement peu d’effet, l’isolement n’a pas fonctionné ».

Une prise de décision saluée et critiquée

Le quartier cubain de Miami était en effervescence entre les pro et anti-régime cubain. Alors que la levée du plus vieil embargo du monde est en marche, les anciennes générations qui ont tout perdu de cet exil forcé ne pouvaient cacher leur mécontentement. Le régime castriste a gagné, Barack Obama est jugé de « traître ». Nulle autre personne que le médiatique et jeune sénateur républicain de Floride, en lice pour la Maison-Blanche, Marco Rubio (d’origine cubaine) représente cette partie des contestataires Américains déçus de la prise de décision de Washington. 

« C’est la victoire du régime castriste, la Maison-Blanche a tout concédé et obtenu peu de choses… La pression sur Cuba est le seul moyen de remettre la démocratie dans cette île ».

Enfin, Il faut noter que c’est encore un coup politique qu’a réalisé le président Obama sur la scène internationale (le dernier étant l’accord avec la Chine sur le réchauffement climatique). Plus précisément, il a réussi là ou ses prédécesseurs ont échoué. L’Etat de Miami polarise à lui seul une grande majorité des immigrés cubains. Le poids de cette communauté est si important qu’il représente entre 5 et 8% des réserves de voix politiques, une part considérable dans le cadre d’une élection nationale ou régionale. C’est pour cette raison que les candidats à la Maison-Blanche se sont rarement prononcés en faveur d’un rapprochement entre les deux pays.

L’administration Obama ne s’est donc pas trompée et s’est appuyée sur les récents sondages réalisés par l’université de Miami dont les résultats sont édifiants : 68% des Américains d’origine cubaine sont pour une levée de l’embargo. Mercredi, à la suite du discours entre les deux dirigeants politiques, la nouvelle génération saluait en masse cette excellente nouvelle, un sentiment partagé par les Cubains eux-mêmes.  

Le Pape François au cœur des négociations

Souvent moqué pour ne pas dire ridiculiser, le Pape et la diplomatie vaticane sortent grandis de cette affaire. Le Saint-Père a joué un rôle déterminant dans ce rapprochement entre les Etats-Unis et Cuba. Dès son élection en mars 2013, le pape François s’est attelé, comme ses prédécesseurs, à œuvrer en faveur d’une réconciliation entre les deux voisins.

À la suite des discours de La Havane et de Washington, le communiqué du Saint-Siège est édifiant et témoigne un peu plus du poids considérable retrouvé par le Vatican.  

©Vatican

©Vatican

« Au cours des derniers mois, le Saint Père François a écrit au président de la République de Cuba, Monsieur Raul Castro, et au président Barack Obama, pour les inviter à résoudre les questions d’intérêts humanitaires communs… »

A présent qu’est-ce qui va changer entre les Etats-Unis et Cuba ?

Outre l’échange de prisonniers (3 agents emprisonnés depuis 16 ans ont été libérés  par Washington et un américain, Alan Gross, en prison depuis 5 ans à Cuba a été libéré), de multiples changements vont s’amorcer dans les mois à venir; je vais les citer :

  • Rétablissement des relations diplomatiques, une ambassade américaine va ouvrir à Cuba et vice  versa. John Kerry s’est réjoui de devenir « le premier secrétaire d’Etat américain à se rendre à Cuba depuis plus de 60 ans ». Le président Obama n’a pas exclu non plus de réaliser une visite officielle;
  • Cuba ne sera plus dans la liste des pays qui soutiennent le terrorisme;
  • Levée des restrictions pour les voyageurs (affaires, situation familiale);
  • Reprise du commerce, notamment dans le secteur privé (construction de logements, domaine agricole et  industriel);
  • Levée des restrictions bancaires, les transferts de fonds et les transactions commerciales sont plus faciles.

La levée de l’embargo ne figure pas dans la liste puisqu’elle doit être entérinée par le Congrès des Etats-unis qui lui seul lui peut prendre cette décision. Des négociations vont vraisemblablement commencer entre la Maison-Blanche et le Congrès dont les membres à majorité républicains sont contre cette décision; la route est donc encore longue. Certes, une partie du chemin a été réalisée, mais il reste encore beaucoup de travail pour mettre fin à ce qui a commencé sous Kennedy et qui espérons-le se terminera sous Obama. 

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